Envolée de mots – La clef

J’ai découvert une clef, ronde comme un œil qui ouvre un coffre empoussiéré dans le grenier de mes souvenirs.
Un soir, désœuvré, nostalgique peut-être, imprudent dans tous les cas, je l’ai ouvert.
Dans ce coffre, j’ai trouvé :
Un parfum, celui de mon amoureuse. Son parfum préféré, elle le mettait le matin, avant de partir elle m’embrassait. Elle partait mais son parfum restait … Une photo sur laquelle je suis avec Pascale, ma femme. On venait de se marier. Nous sommes en voyage de noces au bord de l’Adriatique. On s’enlace tendrement. Ce que ne montre pas la photo, c’est la chute sur le sable. On s’est laissé tomber sur le sable, nos pieds mouillés par l’eau de mer qui montait un petit peu. Doucement, je l’ai défeuillée pour lui faire l’amour.La cravate noire à points blancs inégaux. Celle de la cérémonie de mon mariage à poids ronds inégaux. Depuis le mariage, je n’en ai plus eu d’utilité. C’est la seule fois que j’ai mis une cravate de ma vie. A cause de cette cravate j’ai perdu des amis. Faut dire, elle était vraiment moche.
J’ai sorti une pellicule de très vieilles photos. Des photos de moi petit, avec mon père, ma mère, ma grand-mère. Il y a un homme que je ne connais pas qui tient la main de … c’est bizarre !
Un vieil harmonica qui me rappelle cette colonie de vacances où une petite fille, lumineuse, jouait un air à des poneys qui s’intitulait « petit poulain ». Les poneys, comme les rats du joueur de flûte de Hamelin, semblaient charmés.
A propos de joueur de flûte, au fond de ce coffre, j’ai trouvé ma flûte, celle qu’une jeune bergère, très belle, en haut d’une colline, m’a offerte. Elle en jouait de cette flûte. J’étais envoûté. Elle m’a séduite et j’ai appris à jouer de la flûte. Mais en fait, cet amour c’était du pipeau !
Tiens, une pipe, mais en fait ce n’en est pas une. J’ai 8 ans et c’est un oiseau bleu. Son cou élancé, son bec levé vers les cieux. L’absence de ses ailes. Sa queue est en panache, il voudrait prendre son envol. Hélas, il ne peut que courir, que sauter. Tiens ! le voici sur mon épaule. Il me susurre à l’oreille son chant mélodieux, avec lui, assise sur une pierre du jardin, j’attends le déclin du jour et doucement l’un contre l’autre, nous nous endormons. Pipe de mon enfance, oubliée dans la malle de mon passé.
Voici un marteau, il m’a servi à enfoncer un clou. Pour monter une armoire, le jour de mon emménagement. Sur ce clou j’ai accroché une photo de ma mairesse … d’école bien sûr !
Je tombe sur ma montre à gousset qui me montrait que j’étais toujours … en retard ! Tic tac tic tac, c’est au rythme de la vie que j’ai perpétuellement couru après elle. Elle, tellement belle et si imprévisible, elle qui me montrait la marche à suivre en m’offrant cette belle montre. Trop tard !
Oh ! la cuillère en argent : celle qu’on ne peut prendre sans son petit doigt qui se lève. Elle me rappelle un œuf à la coque que j’ai ouvert … avec cette cuillère. Et duquel est sorti un crocodile évidement. Je suis retourné voir le vendeur d’œufs ! Il a versé des larmes … !
J’ai remis la cuillère en argent patinée, la montre à gousset arrêtée, le marteau rouillé, la pipe bleue froide, le pipeau à 6 trous tordu, le vieil harmonica asthmatique, la pellicule photo argentique, la cravate désuète, la photo délavée, le flacon de parfum évaporé. J’ai refermé le coffre, tourné la clef qu’ensuite j’ai jetée.
Puis, je suis sorti dehors en regardant le jour qui se levait en sifflotant un air à ma façon !

Texte collectif issu du recueil de textes de l’atelier d’écriture 2015 « Envolée de mots »

Retrouvez ici un texte du recueil chaque mercredi.

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