Et la patience, Bordel ! (Tome 1 – 5/6)

Les mésaventures des personnes ayant une communication différentes

Le GILDEC 69 est un groupe de personnes qui ont des Difficultés d’Élocution et de Communication (DEC) et qui se réunissent dans les locaux de notre délégation.

Le groupe a réalisé un album avec les anecdotes rédigées. Ces anecdotes vécues reflètent les obstacles que rencontrent au quotidien les personnes DEC, en plus de leur handicap. Le tome 1 a été illustré par Sylvain Gallet.

Nous vous proposons de découvrir les anecdotes au fur et à mesure :

  • 1/6 « Dans cet état » de Chloé.
  • 2/6 « Merci Madame d’avoir fait perdre une demie journée à plusieurs personnes » de Philippe.
  • 3/6 « C’est reparti pour un tour ! » de Manuel.
  • 4/6 « Dans le magasin de ma grand-mère » de Ludovic.
  • 5/6 « Je savais bien qu’ils me mentaient » de Damien.
  • 6/6 « Une soirée au cinéma tout seul un après-midi d’avril » de Fetah
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    5/6 Je savais bien qu’ils me mentaient

    Portrait DamienA propos de Damien :

    • Né en 1961, Damien est marié. Il est membre du Conseil Départemental de l’APF du Rhône.
    • Damien s’exprime par la parole.

    « Un soir de décembre, j’avais une réunion dans le 8ème. Je me rends avec le GIHP, à l’époque. Étant le premier arrivé, je m’assois sur les marches à l‘intérieur. Le GIHP repart. L’heure de la réunion arrive. J’attends, j’attends, toujours personne. Il fallait bien que je trouve une solution pour rentrer chez moi. Je descends les marches et je me rends dans la rue. J’interpelle les passants mais en vain. Soudain, 2 jeunes s’arrêtent et me demandent ce que je veux. Je leur demande de me commander un taxi pour rentrer chez moi. Ces 2 jeunes me soutiennent sous les bras et m’amènent au foyer Sonacotra où ils logeaient. Je m’assois dans le hall d’entrée, pendant qu’ils allaient au standard. J’entendais qu’ils parlaient avec le standardiste : « On va appeler les gendarmes ». Je réponds : « Non un taxi ». Eux : « Ne vous inquiétez pas Monsieur on appelle un taxi ». Au fond de moi je savais qu’ils me mentaient. Quelques minutes plus tard, je vois arriver les gendarmes qui me ramènent chez moi. Et je rentre avec le « panier à salade ». Les années passent … Un jour j’étais à la station de métro Gratte-ciel. J’attendais ma femme qui devait me rejoindre pour aller à l’inauguration de la semaine évènementielle des personnes handicapées. Ne la voyant pas arriver, j’essaie de la joindre avec mon téléphone portable. N’y arrivant pas, j’ai des gestes incontrôlés qui font croire que je m’énerve. Soudain, je vois arriver les gendarmes. Étrange ! Ils me demandent où je vais. Tant bien que mal, j’essaie de leur expliquer que j’ai un rendez-vous. Mais en vain … J’essaie de « m’échapper » d’entre leurs mains, ils me retiennent. Je m’énerve. Du coup les gendarmes appellent les pompiers. Les pompiers arrivent et m’embarquent. Mais pour aller où ? Dans le véhicule des pompiers, je leur demande de me déposer au lieu où j’ai rendez-vous. « Oui, oui, Monsieur, ne vous inquiétez pas on vous y emmène ». Je savais bien qu’ils me mentaient … Je me suis retrouvé au pavillon N (les urgences psychiatriques) de l’hôpital Edouard Herriot. Après avoir repris mon calme, j’explique au personnel de l’hôpital ce qui m’est arrivé. Ils ont bien compris que c’était un manque de compréhension, et ils m’ont laissé rentrer chez moi. Je suis rentré cette fois avec une amie !!!! Ainsi avec deux décennies d’écart, l’histoire se répète, chacune à sa manière … Le plus cocasse, c’est qu’à l’instant où je me faisais embarquer, on pouvait entendre la sirène du véhicule des pompiers sur fond de discours du Maire de Villeurbanne quant à l’intégration des personnes handicapées dans la société. »

    Nous tenons à remercier, pour leur participation active :

    • Sylvain Gallet, le dessinateur, et son ami Alex Jarret, pour les photographies ;
    • Emmanuel Perrier et Thierry Bouchex, de l’école Émile Cohl, à Lyon, qui ont permis la mise en place du projet ;
    • Catherine Bouilland, qui était chargée de mission à l’APF du Rhône et tous les bénévoles, accompagnants et assistants de communication qui ont également aidé lors des réunions et de la rédaction des anecdotes. Rappelons que le statut d’assistant de communication n’existe pas pour les personnes DEC mais nous continuerons à revendiquer pour ce droit qui nous est indispensable.

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