Et la patience, Bordel ! (Tome 1 – 6/6)

Les mésaventures des personnes ayant une communication différentes

Le GILDEC 69 est un groupe de personnes qui ont des Difficultés d’Élocution et de Communication (DEC) et qui se réunissent dans les locaux de notre délégation.

Le groupe a réalisé un album avec les anecdotes rédigées. Ces anecdotes vécues reflètent les obstacles que rencontrent au quotidien les personnes DEC, en plus de leur handicap. Le tome 1 a été illustré par Sylvain Gallet.

Nous vous proposons de découvrir les anecdotes au fur et à mesure :

6/6 Une soirée au cinéma tout seul un après-midi d’avril

Portrait FetahA propos de Fetah :

  • Né en 1973.
  • Fetah s’exprime à l’aide d’une synthèse vocale et avec la méthode ESARIN.
  • Fetah est passionné d’informatique

« Je vous conte mes observations : « Mais il est fou ce handicapé ! Il a osé sortir tout seul sans ses petits éducateurs. » « Oh le vilain petit fugueur ! Pourquoi il est tout seul, il n’a pas quelqu’un avec lui ? » L’expérience d’une aventure solitaire nouvelle pour moi se concrétise par la joie d’une autonomie. « Est-ce qu’il me comprend quand je lui parle ? » La vision des gens reste restrictive, à la vue d’une personne différente. « Est-ce qu’il va pouvoir me répondre ? » L’absolu est un gouffre qui ne cesse de s’accroître sur le chemin de la peur d’une première tentative concluante. « Mais pourquoi me regarde-t-il ainsi ? » Un gigantesque parfum de liberté humecte mon envie à recommencer. « Est-il capable d’y aller tout seul ? » La notion de partage implique une confrontation avec sa peur et celle des autres. « Il veut prouver quoi ? » Seul devant l’adversité d’une existence échappatoire, je m’envole à travers les flots de mon indépendance. « Que lui arrive-t-il ? » Osmose entre le bonheur et la réalité qui établissent une harmonie époustouflante. « Est-ce qu’il a besoin d’aide ? » Dans le néant de l’inconnu, je livre mes angoisses à l’interminable volcan de l’extraordinaire. « Oh ! Le pauvre petit, il fait comment ? » Chemin caillouteux de soi qui m’entraine sur les vagues tumultueux d’une certaine évasion. « Qu’est-ce qu’il a, pourquoi il bave ? » Avoir le grincement de l’apparence qui se noie dans les eaux troubles d’une méconnaissance. « Pourquoi ne marche-t-il pas ? » La vue d’un état dépendant laisse abrutie la peuplade de gens ignorants ce que cache le trésor d’un corps déchu de sens. « Pourquoi ne parle-t-il pas ? » La dénuée de discours qui flotte sur la nappe de paroles poignardant la ruelle de mes sentiments. Toute ces questions deviennent le royaume interrogatif du monde ne sachant que faire de leur « normalité ». Pouvoir avoir la chance de se mettre au défi d’un accompagnement trop protecteur pour s’échapper dans les bras du réel. Effroyable sensation d’insécurité qui m’envahit à la lueur de ma réussite. Soleil illuminant ma joie des flammes du danger imminent. Être en ébullition d’une capacité que l’audace m’a fait découvrir. Défier les marches de l’impossible pour monter à la cime de mes espérances. Réaliser le rêve devenu palpable pour enfreindre les lois de la facilité. Aimer le risque pour embarquer dans un moment de panique qui s’estompe. Regards interloqués et surpris qui embrasent mon envie de continuer en dépassant les limites du possible. Ouvrir les portes de mes expériences pour en refaire de nouvelles. Être en extase devant sensations fortes pour apprécier mon résultat convaincant. Symphonie mélodieuse qui parsème la douce musique de l’effort. Être maître de ses actes pour jouir d’une efficacité que j’essaye d’améliorer de fois en fois. »

Nous tenons à remercier, pour leur participation active :

  • Sylvain Gallet, le dessinateur, et son ami Alex Jarret, pour les photographies ;
  • Emmanuel Perrier et Thierry Bouchex, de l’école Émile Cohl, à Lyon, qui ont permis la mise en place du projet ;
  • Catherine Bouilland, qui était chargée de mission à l’APF du Rhône et tous les bénévoles, accompagnants et assistants de communication qui ont également aidé lors des réunions et de la rédaction des anecdotes. Rappelons que le statut d’assistant de communication n’existe pas pour les personnes DEC mais nous continuerons à revendiquer pour ce droit qui nous est indispensable.

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